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Le commerce électronique: des technologies en attente d'applications rentables

© Communication Jean Lalonde, 1997

Remarque
Ce texte a été rédigé au début de 1997. Il reste malgré tout pertinent car, un an plus tard, la situation n'a pas (encore) tellement évolué.

Des portions de ce texte ont été publiés en collaboration spéciale dans La Presse de Montréal (15 janvier 1997, page B4)

Introduction

L'un des principaux obstacles au déploiement du commerce électronique sur Internet serait le manque présumé de sécurité et de fiabilité du réseau. C'est du moins ce qu'on entend depuis plus d'un an. Les consommateurs hésitent à transmettre leur numéro de carte de crédit par courrier électronique ou dans un formulaire Web. Les commerçants sont réticents à donner accès en ligne à leurs systèmes d'information tel que les catalogues, inventaires ou carnet de commandes de peur que des pirates pénètrent leur systèmes informatiques.

L'industrie du logiciel Internet a donc tout mis en oeuvre pour trouver des solutions à ces problèmes hautement techniques. En ce début de 1997, les technologies sont maintenant prêtes pour le commerce électronique sur Internet. Les protocoles de communication permettant d'effectuer sur le réseau public des transactions confidentielles et fiables sont au point.

Grâce aux Java, ActiveX, Shockwave, RealAudio et autres percées dans le domaine du logiciel, les outils interactifs et multimédias sont aussi au rendez-vous pour supporter les applications commerciales. Mais pour prendre vie, cette technologie doit encore trouver preneurs.

Une course à obstacles

Pour cela, deux autres barrières doivent toujours être surmontées. Les entrepreneurs tentés par les nouveaux marchés du commerce électronique doivent faire leur classe et identifier les applications du E-commerce qui répondent à des besoins réels de leur clientèle et, surtout, qui soient rentables! D'autres part, les promoteurs du réseau doivent faire en sorte que le public développe une confiance dans ce nouvel outil de consommation comme il a dû le faire pour les guichets automatiques ou les cartes à débit.

Voilà quelques unes des observations que je rapporte de la conférence Internet World Canada 1997 qui se tenait au début de janvier à Toronto. L'année qui se termine a suscité de grands espoirs largement supportés par une vague médiatique sans précédent. Mais les résultats se font toujours attendre car le filon de la mine d'or qu'est sensé être Internet reste ténu. Y a-t-il vraiment des profits à faire à l'aide du réseau des réseaux? Est-ce vraiment pour l'année 1997, comme on nous l'annonce? Chose certaine, un vent de réalisme devrait ramener les cyber-entrepreneurs à plus de pragmatisme et à une approche du réseau qui soit plus "d'affaires".

La barrière technologique

La confidentialité et la fiabilité des transactions est maintenant acquise. Depuis le 31 décembre dernier, 20 000 consommateurs danois participent à la première expérimentation réelle des technologies permettant des transactions sécurisées. D'ici la fin de 1997, les américains et canadiens pourront eux aussi effectuer des achats et régler leurs comptes en ligne grâce au protocole SET (Secure Electronic Transaction) mis au point par VISA, MasterCard en collaboration avec les grands de l'informatique dont Microsoft, Netscape et IBM.

Microsoft et Netscape offrent un serveur Web version "Commerce" avec transactions protégées. Les institutions financières entrent en jeu. Citons, à titre d'exemples, Accès-D de Desjardins, Securnat de la Banque Nationale (associé à Cybercash), le réseau financier Integrion qu'IBM met en place avec plusieurs institutions financières nord-américaines dont la Banque Royale. Soulignons enfin les services intégrés offerts par les entreprises de télécommunication ou de connectivité Internet tel que le service Taktic de Bell Canada ou iCOMMERCE de iSTAR.

La barrière économique

"Le marché mondial du commerce électronique a dépassé le milliard de dollars en 1996, souligne dans sa conférence Mark Greene, vice-président au paiement électronique d'IBM. Cela représente à peine le volume d'une journée des transactions de Visa et Mastercard réunis mais le marché progresse rapidement. On estime que le volume annuel mondial du commerce électronique dépassera les deux milliards de dollars en 1997 et atteindra 200 milliards en l'an 2000 lorsque les transactions entre entreprises s'ajouteront à celles impliquant les consommateurs".

Mais pour profiter de cette manne, les entreprises doivent bien cibler leurs interventions sur le Web et apprivoiser ce nouvel outil de communication. "Le problème c'est que les premiers adeptes du réseau ont développé des applications rapidement sans se soucier des besoins réels de l'entreprise et de sa clientèle. Une telle approche où l'on n'intègre pas les activités sur Internet aux objectifs et à la stratégie de l'organisation conduit inévitablement à la déception et donne raison à ceux qui dénigrent le réseau Internet", fait remarquer le consultant américain Joel Maloff.

De plus en plus d'entreprises voient Internet comme un nouveau moyen de communiquer avec les clients, fournisseurs et partenaires, de développer leur marché et, éventuellement, de faire du commerce électronique. En même temps, un nombre grandissant d'utilisateurs découvrent l'utilité du réseau Internet pour effectuer des achats, des réservations ou des transactions bancaires. En 1996, aux États-Unis, l'utilisation du réseau a grimpé de 70% en six mois passant de 10% à 17% (proportion des personnes de 16 ans et plus interrogées durant le premier trimestre de 1996 ayant utilisé Internet au cours des trois dernier mois). L'étude de Commerce.net et Nielsen d'où proviennent ces données indique que 9,1% des canadiens utilisent régulièrement le réseau, le Canada accusant un retard de 6 à 12 mois sur les États-Unis. L'étude ne donne pas de résultats par province mais divers sondages permettent d'estimer que l'utilisation par les québécois tourne autour des 7%. Une nouvelle étude que Commerce.net publiera bientôt indiquera si la courbe de croissance s'est maintenue. Dans un tel cas, le pourcentage canadien devrait s'établir à environ 16%.

La barrière psychologique

"Si le premier obstacle, celui de la sécurité, est résolu, du moins du point de vue technique, il reste à développer la confiance des consommateurs envers ces nouveaux outils transactionnels", précise Mark Greene. En fait, les transactions électroniques seront bientôt plus sûres que les transactions par téléphone ou par fax mais les consommateurs devront s'y habituer.

"Pour les décideurs, c'est vraiment le dilemme de la poule et de l'oeuf, commente Joel Maloff. Cela prendra encore un certain temps pour démontrer aux entrepreneurs qu'il y a une clientèle pour leurs produits. Mais ils doivent décider maintenant. Quand veulent-ils être prêts à répondre à cette clientèle? De quelle façon? Avec quels produits? Quels investissements cela justifiera-t-il? Ce sont des décisions d'affaires qui nécessitent une analyse attentive et une planification éclairée par les dirigeants de l'entreprise."

"Le plus grand risque, actuellement, consiste à ne rien faire!", disait un participant à Internet World. Le gouvernement fédéral incite les entrepreneurs à se familiariser avec le potentiel du réseau Internet. "Jusqu'à maintenant, les programmes gouvernementaux ont surtout visé à améliorer l'accès au réseau. Mais lorsqu'ils auront accès à la technologie, les canadiens devront acquérir les compétences voulues pour se servir adéquatement d'Internet", a souligné Jon Gerrard, secrétaire d'état aux Sciences, recherche et développement, devant les participants à Internet World. Le programme "Étudiants bien branchés" du Ministère fédéral Industrie et commerce offre d'ailleurs aux dirigeants de petites entreprises un programme gratuit de formation par des étudiants des niveaux collégial ou universitaire. Cette initiative s'ajoute à l'ensemble de services de formation et de consultation disponibles pour aider les entrepreneurs.

"En tant que consultant, l'erreur que je constate souvent de la part des dirigeants d'entreprises, souligne Joel Maloff, est de considérer la technologie comme une fin en soi. L'important c'est d'analyser ces technologies d'un point de vue stratégique pour répondre à des besoins d'affaires de l'organisation".

Quelques références

Clés du commerce électronique (http://vianet.infinit.net)

CommerceNet Canada - anglais (http://www.commerce.net/canada/)

ECWorld - international (http://www.ecworld.org)




Qu'est-ce que ça rapporte? Quelques cas.

Qu'est-ce qu'un intranet?


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© Communication Jean Lalonde, 1997